Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/355

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de quelques grains ; qu’en un mot, rien ne manquait à nos besoins naturels : mais que, pour nourrir notre luxe et notre intempérance, nous envoyions dans les pays étrangers ce qui croissait chez nous, et que nous en rapportions en échange de quoi devenir malades et vicieux ; que cet amour du luxe, de la bonne chère et du plaisir, était le principe de tous les mouvemens de nos yahous ; que, pour y atteindre il fallait s’enrichir ; que c’était ce qui produisait les filous, les voleurs, les pipeurs, les M., les parjures, les flatteurs, les suborneurs, les faussaires, les faux témoins, les menteurs, les joueurs, les imposteurs, les fanfarons, les mauvais auteurs[1], les empoisonneurs, les impudiques, les précieux ridicules, les esprits forts. Il me fallut définir tous ces termes.

  1. Il est un peu surprenant de trouver ici les mauvais auteurs et les précieux ridicules en si mauvaise compagnie ; mais on n’a pu rendre autrement les mots de scribbling et de canting. On voit que l’auteur les a malignement confondus tous ensemble, et qu’il y a aussi joint exprès les freethinking, c’est-à-dire les esprits forts ou les incrédules, dont il y a un grand nombre en Angleterre. Au reste, il est aisé de concevoir que le désir de s’avancer dans le monde produit des esprits libertins, fait faire de mauvais livres, et porte à écrire d’un style précieux et affecté, afin de passer pour bel-esprit.