Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/367

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dont vous m’avez parlé se trouve aussi dans les nôtres, et que c’est ce qui les rend si passionnés pour les pierres luisantes. Je voulus une fois enlever à un de nos yahous son cher trésor : l’animal, voyant qu’on lui avait ravi l’objet de sa passion, se mit à hurler de toute sa force ; il entra en fureur et puis tomba en faiblesse ; il devint languissant, il ne mangea plus, ne dormit plus, ne travailla plus, jusqu’à ce que j’eusse donné ordre à un de mes domestiques de reporter le trésor dans l’endroit d’où je l’avais tiré. Alors l’yahou commença à reprendre ses esprits et sa bonne humeur, et ne manqua pas de cacher ailleurs ses bijoux.

Lorsqu’un yahou a découvert dans un champ une de ces pierres, souvent un autre yahou survient qui la lui dispute : tandis qu’ils se battent, un troisième accourt et emporte la pierre, et voilà le procès terminé. Selon ce que vous m’avez dit, ajouta-t-il, vos procès ne se vident pas si promptement dans votre pays, ni à si peu de frais. Ici, les deux plaideurs (si je puis les appeler ainsi) en sont quittes pour n’avoir ni l’un ni l’autre la chose disputée ; au lieu que, chez vous, en plaidant on perd souvent et ce qu’on veut avoir et ce qu’on a.

Il prend souvent à nos yahous une fantaisie dont nous ne pouvons concevoir la cause. Gras,