Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/375

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dans les universités d’autres écoles que celles du bon sens.

Les Houyhnhnms s’aiment les uns les autres, s’aident, se soutiennent et se soulagent réciproquement ; ils ne se portent point envie ; ils ne sont point jaloux du bonheur de leurs voisins ; ils n’attentent point sur la liberté et sur la vie de leurs semblables ; ils se croiraient malheureux si quelqu’un de leur espèce l’était ; et ils disent, à l’exemple d’un ancien : Nihil caballini a me alienum puto. Ils ne médisent point les uns des autres ; la satire ne trouve chez eux ni principe ni objet : les supérieurs n’accablent point les inférieurs du poids de leur rang et de leur autorité ; leur conduite sage, prudente et modérée ne produit jamais le murmure ; la dépendance est un lien et non un joug, et la puissance, toujours soumise aux lois de l’équité, est révérée sans être redoutable.

Leurs mariages sont bien mieux assortis que les nôtres. Les mâles choisissent pour épouses des femelles de la même couleur qu’eux. Un gris-pommelé épousera toujours une grise-pommelée, et ainsi des autres. On ne voit donc ni changement, ni révolution, ni déchet dans les familles ; les enfans sont tels que leurs pères et leurs mères ; leurs armes et leurs titres de no-