Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/377

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qui peut y mettre obstacle, ou y apporter quelque retardement.

Ils élèvent leurs enfans avec un soin infini. Tandis que la mère veille sur le corps et sur la santé, le père veille sur l’esprit et sur la raison. Ils répriment en eux, autant qu’il est possible, les saillies et les ardeurs fougueuses de la jeunesse, et les marient de bonne heure, conformément aux conseils de la raison et aux désirs de la nature. En attendant ils ne souffrent au jeunes mâles qu’une seule maîtresse, qui loge avec eux, et est mise au nombre des domestiques de la maison, mais qui, au moment du mariage, est toujours congédiée.

On donne aux femelles à peu près la même éducation qu’aux mâles ; et je me souviens que mon maître trouvait déraisonnable et ridicule notre usage à cet égard. Il disait que la moitié de notre espèce n’avait d’autre talent que celui de la multiplier.

Le mérite des mâles consiste principalement dans la force et dans la légèreté, et celui des femelles dans la douceur et dans la souplesse. Si une femelle a les qualités d’un mâle, on lui cherche un époux qui ait les qualités d’une femelle : alors tout est compensé ; et il arrive, comme quelquefois parmi nous, que la femme est le mari, et que le mari est la femme. En ce