Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/379

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que la nature eût jamais produit ; qu’il était également malin et indocile, et qu’il ne songeait qu’à nuire à tous les autres animaux. Il rappela une ancienne tradition répandue dans le pays, selon laquelle on assurait que les yahous n’y avaient pas été de tout temps, mais que, dans un certain siècle, il en avait paru deux sur le haut d’une montagne, soit qu’ils eussent été formés d’un limon gras et glutineux, échauffé par les rayons du soleil, soit qu’ils fussent sortis de la vase de quelque marécage, soit que l’écume de la mer les eût fait éclore ; que ces deux yahous en avaient engendré plusieurs autres, et que leur espèce s’était tellement multipliée que tout le pays en était infecté ; que, pour prévenir les inconvéniens d’une pareille multiplication, les Houyhnhnms avaient autrefois ordonné une chasse générale des yahous ; qu’on en avait pris une grande quantité ; et qu’après avoir détruit tous les vieux, on en avait gardé les plus jeunes, pour les apprivoiser autant que cela serait possible à l’égard d’un animal aussi méchant, et qu’on les avait destinés à tirer et à porter. Il ajouta que ce qu’il y avait de plus certain dans cette tradition était que les yahous n’étaient point ylnhniamshy (c’est-à-dire aborigènes). Il représenta que les habitans du pays, ayant eu l’im-