Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/391

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chaine assemblée du parlement, et souvent sur le mérite de leurs poètes, et sur les qualités de la bonne poésie.

Je puis dire sans vanité que je fournissais quelquefois moi-même à la conversation, c’est-à-dire que je donnais lieu à de fort beaux raisonnemens. Car mon maître les entretenait de temps en temps de mes aventures et de l’histoire de mon pays ; ce qui leur faisait faire des réflexions fort peu avantageuses à la race humaine, et que pour cette raison je ne rapporterai point. J’observerai seulement que mon maître paraissait mieux connaître la nature des yahous qui sont dans les autres parties du monde que je ne la connaissais moi-même. Il découvrait la source de tous nos égaremens, il approfondissait la matière de nos vices et de nos folies, et devinait une infinité de choses dont je ne lui avais jamais parlé. Cela ne doit point paraître incroyable ; il connaissait à fond les yahous de son pays ; en sorte qu’en leur supposant un certain petit degré de raison, il supputait de quoi ils étaient capables avec ce surcroît, et son estimation était toujours juste.

J’avouerai ici ingénument que le peu de lumières et de philosophie que j’ai aujourd’hui, je l’ai puisé dans les sages leçons de ce cher maître, et dans les entretiens de tous ses judi-