Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/404

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plaie, et ensuite je bandai mon genou comme je pus.

J’étais extrêmement embarrassé, je n’osais retourner à l’endroit où j’avais été attaqué ; et, comme j’étais obligé d’aller du côté du nord, il me fallait toujours ramer, parce que j’avais le vent de nord-est. Dans le temps que je jetais les yeux de tous côtés pour faire quelque découverte, j’aperçus au nord-nord-est une voile qui à chaque instant croissait à mes yeux. Je balançai un peu de temps si je devais m’avancer vers elle ou non. À la fin, l’horreur que j’avais conçue pour toute la race des yahous me fit prendre le parti de virer de bord et de ramer vers le sud pour me rendre à cette même baie d’où j’étais parti le matin, aimant mieux m’exposer à toute sorte de dangers que de vivre avec des yahous. J’approchai mon canot le plus près qu’il me fut possible du rivage ; et, pour moi, je me cachai à quelques pas de là, derrière une petite roche qui était proche de ce ruisseau dont j’ai parlé.

Le vaisseau s’avança environ à une demi-lieue de la baie, et envoya sa chaloupe avec des tonneaux pour y faire aiguade. Cet endroit était connu et pratiqué souvent par les voyageurs, à cause du ruisseau. Les mariniers, en prenant terre, virent d’abord mon canot ; et, s’étant mis