Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/412

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ce qu’il y a de pis, je serais peut-être brûlé par l’Inquisition.

Le capitaine, qui n’était point marié, n’avait que trois domestiques, dont l’un, qui m’apportait à manger dans ma chambre, avait de si bonnes manières à mon égard, et me paraissait avoir tant de bon sens pour un yahou, que sa compagnie ne me déplut point ; il gagna sur moi de me faire mettre de temps en temps la tête à une lucarne pour prendre l’air ; ensuite, il me persuada de descendre à l’étage d’au-dessous, et de coucher dans une chambre dont la fenêtre donnait sur la rue. Il me fit regarder par cette fenêtre ; mais au commencement, je retirais ma tête aussitôt que je l’avais avancée : le peuple me blessait la vue. Je m’y accoutumai pourtant peu à peu. Huit jours après, il me fit descendre à un étage encore plus bas : enfin, il triompha si bien de ma faiblesse, qu’il m’engagea à venir m’asseoir à la porte pour regarder les passans, et ensuite à l’accompagner dans les rues.

D. Pedro, à qui j’avais expliqué l’état de ma famille et de mes affaires, me dit un jour que j’étais obligé en honneur et en conscience de retourner dans mon pays et de vivre dans ma maison avec ma femme et mes enfans. Il m’a-