Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/415

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CHAPITRE XII.

Invectives de l’auteur contre les voyageurs qui mentent dans leurs relations. — Il justifie la sienne. — Ce qu’il pense de la conquête qu’on voudrait faire des pays qu’il a découverts.

Je vous ai donné, mon cher lecteur, une histoire complète de mes voyages pendant l’espace de seize ans et sept mois ; et dans cette relation j’ai moins cherché à être élégant et fleuri qu’à être vrai et sincère. Peut-être que vous prenez pour des contes et des fables tout ce que je vous ai raconté, et que vous n’y trouvez pas la moindre vraisemblance ; mais je ne me suis point appliqué à chercher des tours séduisans pour farder mes récits et vous les rendre croyables. Si vous ne me croyez pas, prenez-vous-en à vous-même de votre incrédulité ; pour moi, qui n’ai aucun génie pour la fiction, et qui ai une imagination très-froide, j’ai rapporté les faits avec une simplicité qui devrait vous guérir de vos doutes.

Il nous est aisé, à nous autres voyageurs, qui allons dans les pays où presque personne ne va, de faire des descriptions surprenantes de