Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/50

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pereur pour avoir la permission de divertir sa majesté et sa cour d’une danse sur la corde ; et celui qui saute le plus haut sans tomber obtient la charge. Il arrive très-souvent qu’on ordonne aux grands magistrats de danser aussi sur la corde, pour montrer leur habileté et pour faire connaître à l’empereur qu’ils n’ont pas perdu leur talent. Flimnap, grand-trésorier de l’empire, passe pour avoir l’adresse de faire une cabriole sur la corde au moins un pouce plus haut qu’aucun autre seigneur de l’empire : je l’ai vu plusieurs fois faire le saut périlleux (que nous appelons le sommerset) sur une petite planche de bois attachée à la corde, qui n’est pas plus grosse qu’une ficelle ordinaire.

Ces divertissemens causent souvent des accidents funestes, dont la plupart sont enregistrés dans les archives impériales. J’ai vu moi-même deux ou trois prétendans s’estropier : mais le péril est beaucoup plus grand quand les ministres eux-mêmes reçoivent ordre de signaler leur adresse ; car, en faisant des efforts extraordinaires pour se surpasser eux-mêmes et pour l’emporter sur les autres, ils font presque toujours des chutes dangereuses. On m’assura qu’un an avant mon arrivée, Flimnap se serait infailliblement cassé la tête en