Page:TMI - Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international, vol. 1, 1947.djvu/331

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général. Le 3 octobre 1939, il décrivit la politique qu’il avait l’intention d’adopter, dans les termes suivants : « La Pologne sera traitée comme une colonie ; les Polonais seront les esclaves du Plus Grand Reich allemand. » Les preuves versées aux débats indiquent clairement que cette politique d’occupation impliquait la destruction totale de la Pologne en tant qu’entité nationale et l’exploitation impitoyable de ses ressources humaines et économiques pour l’effort de guerre allemand.

Toute résistance fut écrasée avec une extrême rigueur. Un régime de terreur fut instauré, renforcé par des tribunaux sommaires qui ordonnaient, par exemple, des exécutions publiques de groupes de vingt à deux cents Polonais ou des exécutions massives d’otages. Le système des camps de concentration fut introduit dans le Gouvernement Général ; les camps fameux de Treblinka et de Maidaneck furent établis. Dès le 6 février 1940, Frank dévoila lui-même ce régime de terreur, en commentant cyniquement, au cours d’un reportage, l’affiche où von Neurath annonçait l’exécution des étudiants tchèques : « Si je prescrivais que des affiches soient collées aux murs chaque fois qu’on fusille sept Polonais, les forêts de Pologne ne suffiraient pas à la fabrication du papier nécessaire. » Le 30 mai 1940, Frank déclara, dans une réunion de policiers, qu’il mettait à profit l’offensive d’Europe occidentale, qui détournait de la Pologne l’attention du monde, pour liquider des milliers de Polonais susceptibles de s’opposer à la domination allemande, y compris « les principaux représentants de l’élite intellectuelle polonaise ». Conformément à ces instructions, l’action brutale « A. B. » fut commencée : elle permettait à la Police de sûreté et au SD d’accomplir des exterminations qui n’étaient guère gênées par la procédure judiciaire. Aux termes d’un décret de Frank, du 2 octobre 1943, tout individu de nationalité non allemande qui sabotait des travaux effectués pour le compte du Reich dans le Gouvernement Général était jugé par des tribunaux sommaires de la Police de sûreté et du SD et condamné à mort.

Les exigences, en matière économique, auxquelles fut soumis le Gouvernement Général, dépassaient de beaucoup les besoins de l’armée d’occupation ; elles étaient hors de proportion avec les ressources du pays. Les denrées alimentaires furent expédiées en Allemagne en si grande quantité que le ravitaillement des territoires occupés fut réduit à un niveau de famine et que des épidémies se propagèrent rapidement. Certaines mesures furent prises pour assurer l’alimentation des travailleurs agricoles employés aux labours et aux récoltes, mais les besoins du reste de la population furent négligés. Il est certain, comme l’a montré l’avocat de la Défense, que les ravages de la guerre et la confusion économique qui s’ensuivit, ren-