Page:Taché - Les histoires de M. Sulte, 1883.djvu/2

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point dans les prix doux ; mais ce devait être une édition de haut luxe, ornée de gravures et de portraits exécutés dans le grand style. De confiance, on souscrivit : M. Sulte avait toujours été un enfant gâté de la presse et des assemblées publiques, M. Wilson était connu pour un habile organisateur, bref, l’affaire fut montée sans peine. La publication en est rendue à son quatrième volume : comme entreprise commerciale ce doit être une excellente spéculation ; ce dont il faudrait se réjouir, si tout était à l’avenant.

Pour en finir avec la partie matérielle de l’œuvre, il faut mentionner que l’auteur a complètement résolu le problème économique qui consiste à faire le plus de volumes possibles, avec le moins de pages possibles, et le plus de pages possibles, avec le moins de lignes possibles.

J’aurais, bien volontiers, laissé là M. Sulte et son livre, l’un entraînant l’autre, au regret de tous, dans une commune dégringolade ; mais les détestables idées dont l’auteur s’inspire mais les outrages qu’il adresse à la mémoire d’hommes comme Mgr de Laval, Jacques-Cartier et autres ; mais les insultes qu’il vomit, à gorge le veux-tu, contre les Jésuites ; mais les faussetés pseudo-historiques qu’il cherche à propager ne peuvent pas rester sans protestation.

Les Annales Catholiques de Paris faisaient, tout récemment, remarquer qu’un des défauts des tenants contemporains des idées saines, est de ne pas savoir mettre, dans leur vie publique, le courage, la vigueur et la fermeté que doivent avoir ceux qui tiennent à exercer et à faire valoir leurs droits. La paix, voilà ce qu’on aime ; mais il n’y a pas de paix désirable, en dehors de la vérité et de la justice. Pax ! Pax ! Et non erat pax.

Avant d’entreprendre l’œuvre pénible que j’exécute aujourd’hui, j’ai dû me poser à moi-même cette question : Ai-je mission pour protester contre les erreurs et les insultes de M. Sulte ? Et j’ai pu me répondre en toute sûreté : Oui, j’ai mission. Parce qu’il appartient à tous de réfuter l’erreur et de défendre la vérité, parce que, en me faisant écrivain, j’ai embrassé une espèce de sacerdoce, un pacte avec la justice, parce que M. Sulte, en parlant au nom des Canadiens-Français, peut nous rendre tous solidaires de ses assertions, nous surtout qui tenons la plume ; parce que plusieurs m’ont exprimé le désir de me voir intervenir, et parce que je suis certain d’être l’écho de la conscience publique, chez les miens. Ce n’est pas une critique que je fais, c’est une protestation.

Quant à la question du genre à adopter, elle se trouve résolue par M. Sulte lui-même. Je n’ai pas le choix des conditions du débat ; il me faut, bon gré, malgré, accepter le terrain, qu’il a choisi et faire usage, mais avec loyauté, des armes qu’il a désignées, le suivre où il s’aventure, dans son livre.

D’ailleurs, il y a des maladies contre lesquelles les syrops