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PRÉFACE 13

titude ou de probabilité, comme on note la valeur d’un chiffre par l’exposant qu’on lui adjoint. Le lec- teur trouvera tous ces exposants à leur place. Au reste, la pure spéculation philosophique n’occupe guère ici que cinq ou six pages ; elle est une contem- plation de voyageur, que l’on s’accorde pour quelques minutes lorsqu’on atteint un lieu élevé. Ce qui com- pose véritablement une science, ce sont des travaux de pionnier. — A cet égard, il reste beaucoup à faire en psychologie ; comme toutes les autres sciences expérimentales, elle ne peut avancer que par des monographies détaillées et précises. Voici celles qui, à mon sens, seraient les plus utiles, et réclament dès à présent l’attention des travailleurs. Il faudrait noter chez des enfants et avec les plus menues circonstances la formation du langage, le passage du cri aux sons articulés, le passage des sons articulés dépourvus de sens aux sons articulés pour- vus de sens, les erreurs et les singularités de leurs premiers mots et de leurs premières phrases. Je donne ici deux de ces monographies, mais il en faudrait cinquante. Ajoutez-y de nouveaux recueils de rêves notés au moment du réveil par le dormeur, des récits de man- geurs d’opium plus détaillés que ceux de de Quincey, des hallucinations hypnagogiques observées par le patient lui-même, selon le procédé de M. Maury. Quelques matériaux de cette espèce ont été rassem- blés, mais ils sont loin de combler la lacune. Tout peintre, poète, romancier d’une lucidité