Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/216

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
193
L’ÉCOLE


abrégé l’institution scolaire. De tous les engins sociaux, elle est peut-être le plus puissant, le plus efficace ; car, sur les jeunes vies qu’elle enserre et dirige, elle a trois sortes d’influences, l’une par le maître, l’autre par les condisciples, la dernière par le règlement.

D’une part, le maître, qui passe pour savant, enseigne avec autorité, et les écoliers, qui se sentent ignorants, apprennent avec confiance ; ainsi, presque tout ce qu’il leur dit, vrai ou faux, ils le croient. — D’autre part, par delà sa famille, et le cercle domestique, l’élève trouve, dans le groupe de ses camarades, un petit monde nouveau, différent, complet, qui a ses façons et ses mœurs, son point d’honneur et ses vices, son esprit de corps, en qui s’ébauchent des jugements indépendants et spontanés, des divinations hasardées et précoces, des velléités d’opinion à propos de toutes les choses divines et humaines. C’est dans ce milieu qu’il commence à penser par lui-même, au contact de ses pareils et de ses égaux, au contact de leurs idées, bien plus intelligibles et admissibles pour lui que celles des hommes faits, partant bien plus persuasives, excitantes et contagieuses ; elles sont l’air ambiant et pénétrant dans lequel sa pensée lève, pousse et se forme ; il y prend sa façon d’envisager la grande société d’adultes dont il va devenir un membre, ses premières notions du juste et de l’injuste, par suite une attitude anticipée de respect ou de révolte, bref un préjugé : selon que l’esprit du groupe est raisonnable ou déraisonnable, ce préjugé est sain ou malsain, social ou antisocial. —