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LE RÉGIME MODERNE


spirituel, on y parvient comme dans l’ordre matériel, par la défiance scientifique, par l’examen critique, par le procédé probant[1].

Sans doute, en 1789, le travail commun n’avait abouti sur ce terrain qu’à des conceptions fausses ; mais c’est parce que, au lieu du procédé probant, on en avait employé un autre, expéditif, plausible, populaire, aventureux et trompeur. On avait voulu aller vite, commodément, droit, et pour guide, sous le nom de raison, on avait pris la déraison. Maintenant, à la clarté d’une expérience désastreuse, on était ramené vers la route étroite, escarpée, longue et pénible qui seule conduit, tout à la fois, dans la spéculation, à la vérité, et, dans la pratique, au salut. — Au reste, cette seconde conclusion, comme la première, était un enseignement de l’expérience récente : il était prouvé désormais qu’en matière politique et sociale les idées peuvent descendre vite, de la spéculation, dans la pratique. Pour écouter, quand on me parle des pierres, des plantes, des animaux et des astres, il faut que je sois curieux ; quand on me parle de la société et de l’homme, il suffit que je sois homme, inclus dans une société ; car alors il

  1. Sur la valeur égale du procédé probant dans les sciences morales et dans les sciences physiques, David Hume a donné les arguments décisifs dès 1737, dans son Traité de la nature humaine. Depuis, notamment après le Compte rendu de Necker, mais surtout de nos jours, la statistique a montré que les motifs déterminants, prochains ou lointains, de l’action humaine sont des grandeurs, exprimables en chiffres, liées entre elles, ce qui nous permet, ici comme ailleurs, les prévisions précises et numériques.