Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 10, 1904.djvu/28

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LE RÉGIME MODERNE


le nombre des enfants abandonnés est monté de 25000 à 62000 ; c’est « un déluge », disent les rapports : il y en a 1097 au lieu de 400 dans l’Aisne, 1500 dans le Lot-et-Garonne, 2035 dans la Manche, 2043 dans les Bouches-du-Rhône, 2673 dans le Calvados. Un compte trois à quatre mille mendiants par département, environ 300000 en France[1]. Quant aux malades, infirmes et mutilés, incapables de gagner leur vie, il suffit, pour se figurer leur multitude, de considérer le régime auquel la France vient d’être soumise par ses médecins politiques : c’est le régime de la saignée et du jeûne. Deux millions de Français ont passé sous les drapeaux, et plus de 800000 y sont morts[2] : parmi les survivants, combien d’éclopés, manchots et jambes de bois ! Tous les Français ont mangé du pain de chien pendant trois

    préfets, Aube, par Aubray, 23 ; Aisne, par Dauchy, 87 : Lot-et-Garonne, par Pieyre, 45 : « C’est pendant la Révolution que le nombre des enfants trouvés s’est accru à ce point extraordinaire, par l’admission trop facile des filles-mères et des enfants trouvés aux hospices, par le séjour momentané des militaires dans leurs foyers, par l’ébranlement de tous les principes de religion et de morale. » — Gers, par Balguerie : « Beaucoup de défenseurs de la patrie sont devenus pères avant leur départ… Les militaires, en revenant, gardaient leurs habitudes de conquêtes… De plus, beaucoup de filles, faute de mari, prenaient un amant. » — Moselle, par Colchen, 91 : « Mœurs plus relâchées. En 1780, à Metz, 524 naissances illégitimes ; en l’an IX, 646 ; en 1780, 70 filles publiques ; en l’an IX, 260. Même augmentation pour les femmes entretenues. » — Peuchet, Essai d’une statistique générale de la France, an IX, 28 : « Le nombre des naissances illégitimes, du quarante-septième qu’il était en 1780, est monté à près du onzième des naissances totales, suivant les aperçus rapprochés de M. Necker et de M. Mourgue. »

  1. Rocquain, ib., 93 (Rapport de Barbé-Marbois).
  2. La Révolution, tome VIII, 320 (note), 411, 412 (note).