Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 2, 1910.djvu/252

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taire n’en reçoit que 238. En général, dans les pays de grandes fermes, le propriétaire touche 10 livres par arpent si la culture est très bonne, 3 livres si elle est ordinaire. Dans les pays de petites fermes et de métayage, il touche par arpent 15 sous, 8 sous et même 6 sous. — C’est que tout le profit net va au Clergé et au Trésor.

Et cependant ses colons ne lui coûtent guère. Dans cette métairie du Poitou qui rapporte 8 sous par arpent, les 36 colons consomment chacun par an pour 26 francs de seigle, pour 2 francs de légumes, huile et laitage, pour 2 francs 10 sous de porc ; en tout, par année et par personne, 16 livres de viande et 36 francs de dépense totale. En effet, ils ne boivent que de l’eau, ils s’éclairent et font la soupe avec de l’huile de navette, ils ne goûtent jamais de beurre, ils s’habillent de la laine de leurs ouailles et du chanvre qu’ils cultivent ; ils n’achètent rien, sauf la main-d’œuvre des toiles et serges dont ils fournissent la matière. — Dans une autre métairie sur les Confins de la Marche et du Berry, les 46 colons coûtent moins encore, car chacun d’eux ne consomme que pour 25 francs par an. Jugez de la part exorbitante que s’adjugent l’Église et l’État, puisque, avec des frais de culture si minimes, le propriétaire trouve dans sa poche, à la fin de l’année, 6 ou 8 sous par arpent, sur quoi, lorsqu’il est roturier, il doit encore payer les redevances à son seigneur, mettre pour la milice à la bourse commune, acheter son sel de devoir, faire sa corvée, et le reste. Vers la fin du règne de Louis XV, en Limousin, dit Turgot, le roi, à lui seul, tire « à peu près autant