Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 2, 1910.djvu/39

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politesse, où l’union des sexes est une fête religieuse que l’on célèbre en public. — Et le logicien poussant à bout les conséquences finit par cinq ou six pages « capables de faire dresser les cheveux[1] », avouant lui-même que sa doctrine « n’est pas bonne à prêcher aux enfants ni aux grandes personnes ». — À tout le moins, chez Diderot, ces paradoxes ont des correctifs. Quand il peint les mœurs modernes, c’est en moraliste. Non seulement il connaît toutes les cordes du clavier humain, mais il les classe chacune à son rang. Il aime les sons beaux et purs, il est plein d’enthousiasme pour les harmonies nobles, il a autant de cœur que de génie[2]. Bien mieux, quand il s’agit de démêler les impulsions primitives, il garde, à côté de l’amour-propre, une place indépendante et supérieure pour la pitié, la sympathie, la bienveillance, « la bienfaisance », pour toutes les affections généreuses du cœur qui se donne et se dévoue sans calcul ni retour sur soi. — Mais auprès de lui, en voici d’autres, froids et bornés, qui, selon la méthode mathématique des idéologues[3], construisent la morale à la façon de Hobbes. Il ne leur faut qu’un seul mobile, le plus simple et le plus pal palpable, tout grossier, presque

    mière partie, livre V. — Ce sont là justement les principes enseignés par M. de Tavel à Mme de Warens.

  1. Suite du rêve de d’Alembert, Entretien entre Mlle de Lespinasse et Bordeu. — Mémoires de Diderot, Lettre à Mlle Volant, III, 66.
  2. Cf. ses admirables contes, Entretiens d’un père avec ses enfants et le Neveu de Rameau.
  3. Volney, Ibid. « La loi naturelle… consiste tout entière en faits dont la démonstration peut sans cesse se renouveler aux