Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 3, 1909.djvu/187

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se communique à l’âme : le lieu porte à la déclamation. — D’autant plus qu’ils sont près de douze cents, c’est-à-dire une foule et presque une cohue ; encore aujourd’hui, dans nos Chambres de cinq à six cents députés, les interruptions sont incessantes et le bourdonnement continu ; rien de plus rare que l’empire de soi et la ferme résolution de subir pendant une heure un discours contraire à l’opinion qu’on a. — Comment faire ici pour imposer le silence et la patience ? Arthur Young voit à plusieurs reprises « une centaine de membres tous debout à la fois », gesticulant et interpellant. « Vous me tuez, messieurs », leur dit un jour Bailly qui défaille. Un autre président s’écrie avec désespoir : « Deux cents personnes qui parlent à la fois ne peuvent être entendues : sera-t-il donc impossible de ramener l’Assemblée à l’ordre ? » — La rumeur grondante et discordante s’enfle encore du tapage des tribunes. « Au Parlement britannique, écrit Mallet du Pan, j’ai vu faire vider sur-le-champ les galeries à la suite d’un éclat de rire involontairement échappé à la duchesse de Gordon. » Ici la foule pressée des spectateurs, nouvellistes de carrefour, délégués du Palais-Royal, soldats déguisés en bourgeois, filles de la rue racolées et commandées, applaudit, bat des mains, trépigne et hue en toute liberté. — Cela va si loin, que M. de Montlosier propose ironiquement de « donner voix délibérative aux tribunes[1] ». Un autre demande si les représentants

  1. Moniteur, V, 631 (12 septembre 1790), et 8 septembre (paroles