Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 4, 1910.djvu/103

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LA CONSTITUTION APPLIQUÉE


refusé d’appartenir au cercle proscrit ; mais ses anciens vassaux ont dû l’actionner en justice pour lui faire accepter le rachat de ses droits féodaux, et six ans auparavant, sa voiture, en passant sur le cours, a écrasé un enfant : lui aussi, il est donc l’ennemi du peuple. Pendant que la municipalité délibère, « quelques membres du club » se réunissent, décident qu’il faut mettre la main sur MM. Pascalis et de la Roquette. Dès onze heures du soir, quatre-vingts gardes nationaux de bonne volonté et conduits par le président du club vont à une lieue de là les saisir dans leur lit, et les amènent aux prisons de la ville. — Un si grand zèle ne laisse pas d’être inquiétant, et, si la municipalité tolère les arrestations, elle voudrait bien empêcher les meurtres. En conséquence, le lendemain 13 décembre, elle mande de Marseille quatre cents Suisses du régiment d’Ernest et quatre cents gardes nationaux ; elle leur adjoint la garde nationale d’Aix, et les requiert de garder la prison contre toute violence. Mais, avec les gardes nationaux de Marseille, sont venus quantité de gens armés, volontaires du désordre ; dans l’après-midi du 13, un premier attroupement essaye de forcer la prison, et, le lendemain matin, de nouveaux pelotons se forment, demandant la tête de M. Pascalis. En avant sont les hommes du club, avec « une foule d’inconnus venus du dehors qui commandent et qui exécutent ». La populace d’Aix a été travaillée pendant la nuit, et toutes les digues se rompent à la fois. Aux premières clameurs, les gardes nationaux qui sont de service sur le cours