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LA RÉVOLUTION


Mouchet, le droit de pétition est sacré. » — « Ouvrez la porte, crient Sergent et Boucher-René, personne n’a le droit de la fermer ; tout citoyen a le droit d’entrer[1]. » — Un canonnier lève la bascule, la porte s’ouvre ; en un clin d’œil la cour est remplie[2], la foule s’engouffre sous la voûte et dans le grand escalier avec un tel élan, qu’un canon du Val-de-Grâce, enlevé à bras, arrive jusqu’à la troisième pièce du premier étage. Les portes craquent sous les coups de hache, et, dans la grande salle de l’Œil-de-Bœuf, la multitude se trouve face à face avec le roi.

En pareille circonstance, les représentants de l’autorité publique, directoires, municipalités, chefs militaires et, au 6 octobre, le roi lui-même, ont toujours cédé jusqu’ici ; ils ont cédé ou ils ont péri. Certain de l’issue, Santerre préfère ne pas y assister : en homme prudent, il se réserve, se dérobe, se laisse pousser dans la chambre du Conseil où se sont réfugiés la reine, le petit dauphin et les femmes[3]. Là, avec sa grande taille, sa large

  1. Rapport de Mouchet. — Déposition de Lareynie. (L’intervention de Sergent et Boucher-René est contestée, mais paraît très probable à Rœderer.)
  2. M. Pinon, chef de la 5e légion, et M. Vannot, commandant d’un bataillon, voulaient fermer la grille de la voûte ; ils sont repoussés, et on leur dit : « Pour sauver un homme, vous voulez en faire périr des milliers. » — Ce mot significatif revient sans cesse dans la Révolution, et explique le succès des émeutes. — « À quoi bon, » dit dans son rapport Alexandre, commandant du bataillon Saint-Marcel, « à quoi bon une résistance qui ne peut être d’aucune utilité pour la cause publique, qui peut même la compromettre davantage ?… »
  3. Déposition de Lareynie. — L’attitude de Santerre y est très bien marquée. Dans la cour, au bas de l’escalier, il est arrêté par