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LA RÉVOLUTION


tale, tous impunis, et plusieurs par sentence du jury maritime[1] ». L’un, de 300 hommes, vient de Brest, où la municipalité, aussi exaltée que celles de Marseille et d’Avignon, fait, comme celles de Marseille et d’Avignon, des expéditions armées contre ses voisins, où les meurtres populaires sont tolérés, où M. de la Jaille a été presque tué, où la tête de M. Patry a été portée sur une pique, où des vétérans de l’émeute composent l’équipage de la flotte, où « les ouvriers à la solde de l’État, les commis, les maîtres, les sous-officiers, convertis en motionnaires, en agitateurs, en harangueurs politiques, en censeurs de l’administration », ne demandent qu’à faire œuvre de leurs bras sur un théâtre plus en vue. L’autre troupe, appelée de Marseille par les Girondins Rébecqui et Barbaroux[2], comprend 516 hommes, aventuriers intrépides et féroces, de toute provenance, Marseillais ou étrangers, « Savoyards, Italiens, Espagnols, chassés de leur pays », presque tous de la dernière plèbe ou entretenus par des métiers infâmes, « spadassins et suppôts de mauvais lieux », accoutumés au sang, prompts aux coups, bons coupe-jarrets, triés un à un dans les bandes qui ont marché, sur Aix, Arles et Avignon, l’écume de cette écume qui depuis trois ans, dans le Comtat et dans les Bouches-du-

  1. Mercure de France, n° du 14 avril 1792. — La Révolution, III, 213.
  2. Barbaroux, Mémoires, 37-40. — Laurent Lautard, Marseille depuis 1789 jusqu’à 1815, I, 134. « Le maire Mourraille », qui les avait recrutés, « était peut-être bien aise d’en soulager le pavé. » — Sur la composition de cette troupe et sur le rôle antérieur de Rébecqui, voyez le livre II, chapitre iv.