Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 6, 1904.djvu/117

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
115
LA SECONDE ÉTAPE DE LA CONQUÊTE


souscription forcée s’appelle « don volontaire ». « De pauvres ouvriers de Nîmes ont été taxés à 50 livres, d’autres à 200, 300, 900, 1000, sous peine de dévastation et de mauvais traitements. » Dans la campagne, près de Tarascon, les volontaires, reprenant les pratiques des anciens brigands, lèvent le sabre sur la tête de la mère, menacent d’étouffer la tante évanouie dans son lit, tiennent l’enfant suspendu au-dessus du puits, et extorquent ainsi au propriétaire ou fermier jusqu’à 4000 et 5000 livres : le plus souvent celui-ci n’ose rien dire ; car, en cas de plainte, il est sûr de voir incendier sa ferme et couper ses oliviers[1]. — Sur la rive gauche, dans l’Isère, le lieutenant-colonel Spendeler, saisi par la populace de Tullins, a été assassiné, puis pendu par les pieds à un arbre de la route[2] ; dans la Drôme, les volontaires du Gard ont forcé la prison de Montélimar et haché un innocent à coups de sabre[3] ; dans le Vaucluse,

    donner des effets ou de l’argent ». Le commissaire et les officiers municipaux de Saint-Urcize, qui ont essayé de s’entremettre, ont failli être tués, et n’ont été sauvés que grâce aux efforts d’un détachement de cavalerie régulière. Quant au maire jacobin de Chaudesaigues, rien de plus naturel que ses exhortations au pillage : lors de la vente des effets des religieuses, « il avait écarté tous les enchérisseurs et s’était fait adjuger les effets à vil prix ».

  1. Archives nationales, F7, 3217. Lettre de Castanet, ancien gendarme, Nîmes, 21 août. — Lettre de M. Griolet, procureurs-syndic du Gard, 8 septembre : « Permettez, monsieur, que, pour des motifs particuliers, cette lettre soit confidentielle ; je vous prie de ne pas me compromettre. » — Lettre de M. Gilles, juge de paix de Rocquemaure, 31 octobre (avec 18 procès-verbaux).
  2. Ib., F7, 3227. Lettre des officiers municipaux de Tullins. 8 septembre.
  3. Ib., F7, 3190. Lettre de Danton, 9 octobre. — Mémoire de