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LA RÉVOLUTION


exaucés ; le procès en règle va commencer, et les Décius qu’elle a invoqués fourmillent dans toute la France.

Reste le point du Sud-Est, cette Provence que Barbaroux lui représentait comme le dernier asile de la philosophie et de la liberté. Le doigt de Roland descend du Rhône, et des deux côtés, en passant, il rencontre les méfaits ordinaires. — Sur la droite, dans le Cantal et dans, le Gard, « les défenseurs de la patrie » se remplissent les poches aux dépens des contribuables qu’ils désignent eux-mêmes[1], et, dans la langue nouvelle, cette

    siasme est un feu de paille, et, si l’Assemblée nationale ne fait pas le procès en régie de deux têtes illustres, ou que de généreux Décius ne les abattent, vous êtes tous f… » — Ib., 17 mai 1790 : « Nos campagnes sont très mécontentes du décret sur les droits féodaux… Il faudra une réforme, ou il y aura encore des châteaux brûlés. Le mal ne serait pas grand, s’il n’était à craindre que les ennemis de la révolution ne profitassent de ces mécontentements pour diminuer la confiance des peuples dans l’assemblée nationale. » — 27 septembre 1790 : « Le mauvais parti triomphe, et l’on oublie que l’insurrection est le plus saint des devoirs, quand la patrie est en danger. » — 24 janvier 1791 : « Le sage ferme les yeux sur les torts ou les faiblesses de l’homme privé ; mais le citoyen ne doit pas faire grâce, même à son père, quand il s’agit du bien public. »

  1. Archives nationales, F7, 3202. Rapport du commissaire, membre du directoire du Cantal, 24 octobre. Le 16 octobre, à Chaudesaigues, les volontaires veulent enfoncer une porte, puis tuer un de leurs camarades opposant, que le commissaire sauve en le couvrant de son corps. C’est le maire du lieu qui, revêtu de son écharpe, les conduit chez les aristocrates, en les exhortant au pillage ; ils entrent de force dans diverses maisons et exigent du vin. Le lendemain, à Saint-Urcize, ils enfoncent la porte du ci-devant curé, dévastent ou pillent sa maison, et « vendent ses meubles à différents particuliers de l’endroit ». Même traitement infligé au sieur Vaissier, maire, et à la dame Lavalette ; leurs caves sont forcées, on porte des barriques sur la place et on boit au robinet. Ensuite « les volontaires vont par bandes dans les paroisses du voisinage contraindre les habitants à leur