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LA SECONDE ÉTAPE DE LA CONQUÊTE


toujours consulté, toujours agissant, manifestera sa volonté, non seulement par le choix de ses mandataires, mais encore par « la censure » qu’il exercera sur les lois : telle est la Constitution qu’ils se forgent[1]. « Celle d’Angleterre, dit Condorcet, est faite pour les riches, celle d’Amérique pour les citoyens aisés ; celle de France doit être faite pour tous les hommes. » — À ce titre, elle est la seule, légitime ; toute institution qui s’en écarte est contraire au droit naturel, et partant n’est bonne qu’à jeter bas. — C’est ce que les Girondins ont fait sous la Législative ; on sait par quelle persécution des consciences catholiques, par quelles violations de la propriété féodale, par quels empiétements sur l’autorité légale du roi, avec quel acharnement contre les restes de l’ancien régime, avec quelle complaisance pour les crimes populaires, avec quelle raideur, quelle précipitation, quelle témérité, quelles illusions[2], jusqu’à lancer la France dans une guerre européenne, jusqu’à confier les armes à la dernière plèbe, jusqu’à voir dans le renversement de tout ordre l’avènement de la philosophie et le triomphe de la raison. — Quand il s’agit de son utopie, le Girondin est un

  1. Buchez et Roux, XXIV, 102. Projet de Condorcet, présenté au nom du comité de Constitution, 15 et 16 avril 1793. À ce projet est joint un long rapport de Condorcet, qui en outre, dans la Chronique de Paris, publie une analyse de son rapport.
  2. Buchez et Roux, XXIV, 102. — L’analyse de Condorcet contient cette phrase extraordinaire : « Dans tous les pays libres, on craint avec raison l’influence de la populace ; mais donnez à tous les hommes les mêmes droits, et il n’y a plus de populace. »