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LA SECONDE ÉTAPE DE LA CONQUÊTE


toute initiative par la centralisation ancienne, elle est inerte, passive, et laissera faire. — C’est pourquoi, pendant plusieurs longues journées successives, sans hâte ni encombre, avec des écritures correctes et des comptes en règle, on pourra procéder au massacre comme à une opération de voirie, aussi impunément et aussi méthodiquement qu’à l’enlèvement des boues ou à l’abatage des chiens errants.

II

Suivons dans le gros du parti le progrès de l’idée homicide. Elle est le fond même du dogme révolutionnaire, et, deux mois après, à la tribune des Jacobins, Collot d’Herbois dira très justement : « Le 2 septembre est le grand article du Credo de notre liberté[1] ». C’est le propre du Jacobin de se considérer comme un souverain légitime et de traiter ses adversaires, non en belligérants, mais en criminels. Ils sont criminels de lèse-nation, hors la loi, bons à tuer en tout temps et en tout lieu, dignes du supplice, même quand ils ne sont point ou ne sont plus en état de nuire. — En conséquence, le 10 août, on a égorgé les Suisses qui n’avaient point tiré et qui s’étaient rendus, les blessés gisant à terre, leurs chirurgiens, tous les domestiques du château, bien mieux, des gens qui, comme M. de Clermont-Tonnerre, passaient dans la rue, et, en langage officiel, cela s’appelle maintenant la justice du peuple. — Le 11, les sol-

  1. Moniteur, n° du 14 novembre 1792.