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LE PROGRAMME JACOBIN


plus ou moins grand, nous en prenons le quart, le tiers, la moitié, et, passé 9000 francs, le tout : au delà de sa mince réserve alimentaire, la plus opulente famille ne gardera que 4500 francs de rente. — De l’autre côté, par les taxes révolutionnaires, nous tranchons à vif dans les capitaux ; nos comités et nos proconsuls de province en prélèvent arbitrairement ce qui leur convient, trois cent, cinq cent, et jusqu’à douze cent mille francs[1], sur tel banquier, négociant ou bourgeois, sur telle veuve, et payables dans la semaine ; tant pis pour la personne taxée si elle n’a pas la somme ou ne trouve pas à l’emprunter ; nous la déclarons suspecte, nous la mettons en prison, ses biens sont séquestrés, l’État en jouit à sa place. — En tout cas, même lorsqu’elle a payé, nous la forçons à remettre en nos mains ses espèces d’or et d’argent, parfois contre assignats, parfois gratis ; désormais le numéraire doit circuler et les métaux précieux sont en réquisition[2] : chacun délivrera ce qu’il a d’argenterie. Et que nul ne s’avise de cacher

  1. Moniteur, XXII, 719 (Rapport de Cambon, 6 frimaire an II). « À Bordeaux, Raba a été condamné à 1200000 francs d’amende, Péchotte à 500000, Martin-Martin à 300000. » — Cf. Rodolphe Reuss, Seligmann Alexandre ou les Tribulations d’un Israélite de Strasbourg.
  2. Moniteur, XVIII, 486 (Rapport de Cambon, 1er frimaire an II). « Les égoïstes qui, il y a quelque temps, avaient peine à payer, même en assignats, les domaines nationaux qu’ils avaient acquis de la République, nous apportent aujourd’hui leur or… Des receveurs généraux des finances, qui avaient enfoui leur or, sont venus offrir, en payement de ce qu’ils doivent à la nation, des lingots d’or et d’argent. Ils ont été refusés, l’Assemblée ayant décrété la confiscation de ces objets. »