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LA RÉVOLUTION


manque de scrupule et de réserve est une force au lieu d’être une faiblesse ; devant leur indélicatesse et leur impudence, la carrière publique s’est ouverte à deux battants. — Tel est le personnage auguste entre les mains duquel, selon la théorie, je dois abdiquer ma volonté, toute ma volonté ; certainement, s’il me fallait renoncer à moi-même, je risquerais moins en me démettant au profit d’un roi ou d’une aristocratie, même héréditaires ; car alors mes représentants me seraient au moins recommandés par leur rang visible et par leur compétence probable. Par nature et par structure, la démocratie est le régime dans lequel l’individu accorde à ses représentants le moins de confiance et de déférence ; c’est pourquoi elle est le régime dans lequel il doit leur conférer le moins de pouvoir. Partout la conscience et l’honneur lui prescrivent de garder pour lui quelque portion de son indépendance ; mais nulle part il n’en cédera si peu. Si, dans toute constitution moderne, le domaine de l’État doit être borné, c’est dans la démocratie moderne qu’il doit être le plus restreint.

III

Tâchons de reconnaître ses limites. — Après le tumulte des invasions et de la conquête, au plus fort de la décomposition sociale, parmi les combats quotidiens que se livraient les forces privées, il s’est élevé dans chaque société européenne une force publique, et cette force, qui s’est maintenue pendant des siècles,