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LA FIN DU GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE


voient la Convention armer contre eux leurs anciens bourreaux, « les hommes-tigres » de la Terreur, de malfaiteurs avérés, ils ne se contiennent plus. « Ce jour-là, dit un étranger qui est à Paris[1], dans plusieurs lieux publics, je vis partout l’expression du plus violent désespoir, de la fureur et de la rage… Sans ce malheureux arrêté, probablement l’insurrection n’eût pas éclaté » : s’ils prennent les armes, c’est parce qu’ils se sentent ramenés sous les piques des septembriseurs et sous la hache de Robespierre. — Mais ils ne sont que des gardes nationaux ; la plupart n’ont pas de fusils[2] ; la poudre leur manque ; les mieux pourvus n’ont que cinq ou six coups à tirer ; « la très grande majorité ne pense pas aller au combat » ; ils s’imaginent « qu’il s’agit seulement d’appuyer une pétition par leur présence » ; point d’artillerie, point de chef véritable ; emportement, désordre, précipitation, fausses manœuvres[3]. — Au contraire, du côté de la Convention, avec

  1. Meissner, 236. — Quantité de détails montrent la figure et le caractère des Jacobins mâles et femelles dont il s’agit ici. Par exemple, Carnot (Mémoires, I, 581) dit, dans son récit de la précédente émeute (1er prairial) : « Un être à face horrible s’était mis à califourchon sur mon banc, et ne cessait de répéter : C’est aujourd’hui qu’on va vous faire passer le goût du pain ; et des furies, placées dans les tribunes, faisaient le geste de la guillotine. »
  2. Meissner, 238. — Fiévée, I, 127, et pages suivantes.
  3. Mallet du Pan, I, 333 et suivantes (Lettre du 24 octobre 1795) : « Barras ne répéta pas la faute de la Cour au 10 août, de s’enfermer dans le Château et dans les Tuileries : il fit garnir de troupes et d’artillerie toutes les avenues… L’argent et les assignats à la main, Fréron et deux autres représentants avaient ramassé dans le faubourg Saint-Antoine quatre ou cinq cents bandits qu’on joignit aux Terroristes ; c’étaient là ces prétendus