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LA FIN DU GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE


des îles de Ré et d’Oléron, plus de 1200 prêtres étouffent ou pourrissent, et de toutes parts, dans les départements, les commissions militaires fusillent à force. À Paris et aux environs, à Marseille, Lyon, Bordeaux, Rennes et dans la plupart des grandes villes, les arrestations subites et les enlèvements clandestins se multiplient[1]. « Personne, en se couchant, n’est sûr de se réveiller libre le lendemain… De Bayonne à Bruxelles, il n’y a plus qu’un sentiment, celui d’une consternation sans bornes. On n’ose ni parler, ni se reconnaître, ni se regarder, ni se secourir. Chacun s’isole, tremble et se cache. » — Définitivement, par ce troisième retour offensif, la conquête jacobine est achevée, et la bande conquérante, la nouvelle féodalité, s’installe à demeure. « Tous ceux qui passent ici, écrit un Tourangeau[2], disent qu’il n’y a dans le pays aucune différence entre ce temps-ci et celui de Robespierre… Il est sûr que le sol n’est pas tenable, et qu’on est menacé continuellement d’exactions comme dans un pays conquis… Les propriétaires sont tellement écrasés d’impositions, qu’ils ne peuvent subvenir à leurs dépenses journalières, ni payer les frais de culture. L’imposition, dans mes anciennes paroisses, prend à peu près 13 sous sur 20 de

  1. Sauzay, tomes IX et X. — Mallet du Pan, II, 375, 379, 382. — Schmidt, Tableaux de Paris pendant la Révolution, III, 290 (Compte rendu par les administrateurs du département de la Seine).
  2. Dufort de Cheverny, Mémoires, août 1798, octobre 1797, et 1799 passim.