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LA RÉVOLUTION


VII

Au premier plan, figure l’idée favorite et fixe du philosophisme vieillot, je veux dire le plan arrêté et suivi de fonder une religion laïque, d’imposer à vingt-six millions de Français les observances et les dogmes de la théorie, partant d’extirper le christianisme, son culte et son clergé. Avec une persistance et une minutie extraordinaires, les inquisiteurs en place multiplient les prescriptions et les rigueurs, pour convertir de force la nation et pour substituer aux habitudes de cœur nourries par une pratique de dix-huit siècles, les rites improvisés que la logique abstraite a fabriqués mécaniquement dans son cabinet. — Jamais l’imagination plate du lettré de troisième ordre et du poétereau classique, jamais la solennité grotesque du pédant fier de ses phrases, jamais la dureté tracassière du dévot borné et entêté, ne se sont étalées avec plus d’emphase sentimentale et plus d’ingérence administrative[1] que dans les

    Fructidor, sur la route de Brie-Comte-Robert, un vieux Jacobin disait tout haut, avec joie : « Tous les royalistes vont être chassés ou guillotinés ». — Aux Archives nationales, la série F7 contient des centaines de cartons remplis de rapports « sur la situation », « sur l’esprit public » de chaque département, ville ou canton, depuis l’an III jusqu’à l’an VIII ; j’y ai travaillé pendant plusieurs mois ; faute de place, je ne puis transcrire ici mes extraits. On trouvera dans ces cartons l’histoire positive des cinq dernières années de la République. — L’impression d’ensemble est donnée exactement par Mallet du Pan, dans sa Correspondance avec la cour de Vienne et dans son Mercure britannique.

  1. Sauzay, X, chapitres LXXXIX et XC. — Ludovic Sciout, IV, ch. xvii. (Voir notamment dans Sauzay, X, 270 et 281, l’Instruc-