Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 8, 1904.djvu/393

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
389
LA FIN DU GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE


décrets du Corps législatif, dans les arrêtés du Directoire, dans les instructions des ministres Sotin, Letourneur, Lambrechts, Duval et François de Neufchâteau. Guerre au dimanche, à l’ancien calendrier et au maigre ; chômage obligatoire du décadi, sous peine d’amende et de prison[1] ; fêtes obligatoires pour les anniversaires du 21 janvier et du 18 fructidor ; participation obligatoire de tous les fonctionnaires et de leur famille au culte nouveau ; assistance obligatoire des instituteurs publics ou privés, avec leurs élèves des deux sexes, aux cérémonies civiques ; liturgie obligatoire ; catéchismes et programmes expédiés de Paris ; règlement du décor et des chants, des lectures et des postures, des acclamations et des imprécations : devant ces prescriptions de cuistres et ces parades de marionnettes, on ne ferait que hausser les épaules, si, derrière l’apôtre qui compose des allégories morales, on n’apercevait pas le persécuteur qui incarcère, supplicie et tue. — Par le décret du 19 fructidor, non seulement toutes les lois de la Terreur contre les prêtres insermentés, leurs recéleurs et leurs fidèles ont été remises en vigueur, mais encore

    tion de Duval, 16 décembre 1798, et les circulaires de François de Neufchâteau, depuis le 20 novembre 1798 jusqu’au 18 juin 1799. — Chacune de ces pièces est, en son genre, un chef-d’œuvre.)

  1. Journal d’un bourgeois d’Évreux, 134 (7 juin 1798) : « Le lendemain, jour de la décade, les jardinières, étant venues s’étaler le long de la grande rue, comme de coutume, furent condamnées à 6 livres d’amende, pour avoir transgressé et méprisé la décade. » — (21 janvier 1799) : « Ceux qui étaient surpris en travaillant les jours de décade étaient condamnés à 3 livres d’amende pour la première fois ; s’ils étaient pris plusieurs fois, l’amende redoublait, et même la prison suivait. »