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LA FIN DU GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE


et après Vendémiaire, ils sont demeurés les mêmes, ils se sont raidis « contre la faction des anciennes limites » et contre toute politique mesurée, d’abord contre la minorité pacifique, puis contre la majorité pacifique, contre la France entière, contre leur propre directeur militaire, « l’organisateur de la victoire », Carnot, qui, en bon Français, ne veut pas ajouter gratuitement aux embarras de la France, ni prendre au delà de ce que la France peut utilement et sûrement garder. — Si, avant Fructidor, ses trois collègues jacobins, Reubell, Barras et La Révellière, ont rompu avec lui, c’est parce que, non seulement dans les choses du dedans, mais aussi dans les choses du dehors, il s’opposait à leur parti pris de violence illimitée : ils sont entrés en fureur en apprenant le traité préliminaire de Léoben, si avantageux à la France ; ils ont insulté Carnot qui l’a fait conclure[1] ; lorsque Barthélemy, le diplomate le plus habile et le plus méritant de l’époque, est devenu leur collègue, ses avis si sensés, si autorisés, n’ont obtenu pour accueil que leur dérision[2]. Ils voulaient déjà, et opiniâtrement, s’emparer de la Suisse, mettre la main sur Hambourg, « humilier l’Angleterre », « persévérer dans le système néfaste du Comité de Salut public », c’est-à-dire dans la politique de guerre, de conquête et de propagande.

  1. Carnot, Mémoires, II, 147 : « Barras s’adressant à moi comme un furieux : Oui, me dit-il, c’est à toi que nous devons l’infâme traité de Léoben. »
  2. André Lebon, l’Angleterre et l’émigration, 235 (Lettre de Wickham, 27 juin 1797, paroles de Barthélemy à M. d’Aubigny).