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LA RÉVOLUTION


résistent à main armée, en Belgique notamment par une révolte de plusieurs mois[1], avec cette devise : « Mieux vaut mourir ici qu’ailleurs ». — Pour les faire rejoindre on leur donne la chasse, on les amène au dépôt, les mains liées ; s’ils se dérobent, on place à demeure des garnisaires chez leurs parents ; si le réquisitionnaire ou conscrit s’est réfugié en pays étranger, même en pays allié, comme l’Espagne, il est inscrit d’office sur la liste des émigrés, partant, en cas de retour, fusillé dans les vingt-quatre heures ; en attendant, ses biens sont séquestrés, et aussi ceux de « ses père, mère et ascendants[2] ». — « Autrefois, dit un contemporain, la raison et la philosophie tonnaient contre la rigueur des châtiments infligés aux déserteurs ; mais, depuis que la raison française a perfectionné la liberté, ce n’est plus la classe limitée des soldats réguliers dont l’évasion est punie de mort, c’est une génération entière. Le dernier supplice ne suffit plus à ces législateurs philanthropes : ils y ajoutent la confiscation, ils dépouillent les pères pour les fautes des enfants, et rendent jusqu’aux femmes solidaires d’un délit militaire et personnel. » Tel est l’admirable calcul du Directoire, que, s’il perd un soldat, il gagne un patrimoine, et que, s’il manque

    tations en vendémiaire, 136 en brumaire, 56 en frimaire et 86 en pluviôse.

  1. Mallet du Pan, n° du 25 janvier 1799 (Lettre écrite de Belgique) : « Aujourd’hui, c’est la révolte des Provinces-Unies contre le duc d’Albe ; depuis Philippe II, jamais les Belges n’ont eu de semblables motifs d’obstination et de vengeance. »
  2. Décrets du 19 fructidor an VI et du 27 vendémiaire an VII. — Mallet du Pan, n° du 25 novembre 1798).