Page:Tallemant des Réaux - Historiettes, Mercure de France, 1906.djvu/292

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entretient, de ce qu’elle peut gagner, deux petits frères qu’elle a en métier ; tous deux étant tombés malades et ayant été portés à l’hôpital secret de ceux de la religion, car la fille et ses frères sont aussi huguenots, elle paya leur dépense, disant que, puisqu’elle avoit encore assez de reste pour cela, elle ne vouloit point être à la charge de l’Église, et qu’au pis-aller elle auroit toujours ses bras.


MADEMOISELLE THOMAS

Mademoiselle Thomas étoit femme d’un commis de Nouveau ; c’étoit une assez jolie personne et fort coquette. Il y avoit furieusement de galants, soit garçons, soit gens mariés, autour d’elle : c’étoit une continuelle frérie là-dedans. Les sottes femmes du quartier avoient leur part du poupelin, et n’en bougeoient. Cette femme avoit un frère qui, pour avoir donné un coup de poignard à son homme. avoit été fort en peine ; mais son père, nommé du Bois, secrétaire du Roi, et valet de chambre de la Reine, l’en avoit tiré et après l’avoit enfermé à Saint-Lazare. Mademoiselle Thomas avoit, au bout de quelque temps, obtenu du père qu’il sortiroit et l’avoit pris chez elle. Il couchoit dans sa propre chambre, soit faute de logement, ou pour ce que vous verrez ensuite. Ce garçon et cette femme se promenoient à l’Arsenal trois et quatre heures de suite ensemble ; il étoit chagrin, et elle, après avoir bien ri, tout à coup disoit : « Ah ! mon Dieu ! voilà ma mélancolie qui me reprend. » Ils couchoient ensemble, et apparemment quelque confesseur avoit mis à cette femme la conscience en combustion. Ce garçon devient tout sauvage, et un soir, après avoir parlé quelque temps au coin du feu à sa sœur, il lui donne deux coups de baïonnette, l’un dans la gorge, l’autre dans l’épaule,