Page:Tannery - Pour l’histoire de la science Hellène.djvu/35

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contradictoirement les opinions des écoles adverses, sans se soucier de les reproduire exactement, en les réduisant au contraire à des formules brèves et exagérées, accoupler les dénégations aux affirmations tout en se gardant bien d’en indiquer les véritables motifs, il y a là un mode de discussion trop facile pour qu’on n’en ait pas toujours usé et abusé.

Mais, ce qui doit nous toucher le plus, c’est uniquement de la sorte que l’histoire des anciens systèmes nous a été transmise. Dans toutes les sources, depuis Aristote, ils nous apparaissent aussi opposés que l’auteur qui nous en parle pouvait oser les figurer. C’est donc un chaos complet, et le premier besoin, dès qu’on a commencé, dans les temps modernes, à les étudier sans le même parti pris, fut évidemment de chercher à y remettre de l’ordre, à rétablir les filiations logiques. Néanmoins, la croyance à la réalité d’oppositions fondamentales, en nombre plus ou moins grand, s’est forcément implantée comme préjugé, même chez les historiens les plus imbus du désir de l’unité. Le développement de ces oppositions constitue d’ailleurs un cadre aussi avantageux pour l’exposé des doctrines que leur réduction à quelques formules saisissantes est commode pour la mémoire du lecteur. De là le succès des histoires de la philosophie conçues dans cet esprit ; de là aussi la rareté des quelques tentatives qui ont pu être faites en sens contraire.

Et cependant, tant qu’on persistera dans cette voie, l’histoire de la science restera inintelligible ; le progrès des connaissances positives, l’élaboration des concepts correspondants ne peuvent être discernés ni compris, si l’on ne pénètre au delà des contradictions apparentes pour retrouver le fonds commun. Ainsi, tandis que les documents font surtout ressortir les différences entre les anciens physiologues, le rôle de l’historien doit être aujourd’hui de rechercher surtout les ressemblances ; c’est, en effet, leur constatation seule qui peut permettre de rendre raison des différences, d’en préciser le véritable caractère et d’en déterminer l’importance réelle.

5. Je viens de tirer la conclusion pratique qui ressort, pour l’usage critique des sources, de leur histoire, dont j’ai entrepris le récit. Reprenons-en le fil et revenons à ces anciens Placita, qui, comme je l’ai dit, sont perdus, mais qui ont été abrégés eux-mêmes, et dont les débris se retrouvent dans deux compilations