Page:Tarsot - Fabliaux et Contes du Moyen Âge 1913.djvu/22

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nuit, et, pour terminer dignement une si belle journée, ils demandèrent chacun un lit et se couchèrent.

Le lendemain matin, l’hôte, qui voulait se débarrasser d’eux, les envoya réveiller par son valet. Quand ils furent descendus, il fit le compte de leur dépense et demanda dix sous : c’était là le moment que le malicieux clerc attendait. Afin d’en jouir à son aise, il vint se placer dans un coin, sans néanmoins vouloir se montrer, de peur de gêner par sa présence. « Sire, dirent à l’hôte les aveugles, nous avons un écu, rendez-nous notre reste. » Celui-ci tend la main pour le recevoir ; et comme personne ne le lui donne, il demande qui l’a des trois. Aucun d’eux ne répond d’abord, il les interroge et chacun d’eux dit : ce n’est pas moi ; alors, il se fâche. " Çà, messieurs les truands, croyez-vous que je suis ici pour vous servir de risée ? Ayez un peu la bonté de finir, s’il vous plaît, et de me payer tout à l’heure mes dix sous, ou sinon je vous étrille." Ils recommencent donc à se demander l’un à l’autre l’écu ; ils se traitent mutuellement de fripons, finissent par se quereller et font un tel vacarme, que l’hôte furieux, leur distribuant à chacun quelques paires de soufflets, crie à son valet de descendre avec deux bâtons.

Le clerc, pendant ce débat, riait dans son coin à se pâmer. Cependant, quand il vit que l’affaire devenait sérieuse, et qu’on parlait de bâton, il se montra, et d’un air étonné vint demander ce qui causait un pareil tapage. « Sire, ce sont ces trois marauds qui sont venus hier ici pour manger mon bien ; et aujourd’hui que je leur demande ce qui m’est dû, ils ont l’insolence de me bafouer. Mais, de par tous les diables, il n’en sera pas ainsi, et avant qu’ils sortent… — Doucement,