Page:Tastu - Poésies nouvelles, 3ème édition, 1838.djvu/318

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NOTES.


MIGRATIONS.

Les personnes qui, dans le cours de ces dernières années, ont passé quelques jours au Havre, ont été à même de voir s’embarquer pour l’Amérique, des milliers de malheureux émigrans, qui vont demander à une terre étrangère un pain que le sol natal leur refuse. Le cœur se serre à la vue de cette population des bords du Rhin, encombrant les rues et les quais du Havre. La plupart campent en plein air, autour d’une espèce de bivouac où cuit la nourriture commune, due le plus souvent à la charité des Havrais ; d’autres, déjà embarqués, attendent sur les navires le complément de la cargaison. Parmi ces émigrés on remarque avec peine un nombre considérable d’enfans en bas âge ; beaucoup de jeunes filles surtout ; ça et là des mères, leur nourrisson au sein ; des vieillards des deux sexes, quelques-uns même, si âgés qu’on s’étonne de les voir transporter au loin ce peu de jours qu’il leur reste à passer sur la terre. Ce spectacle est triste. Cependant, ces grandes migrations, qui à de certaines époques se propagent parmi les peuples comme une maladie contagieuse, sont encore le plus doux de ces remèdes terribles que la Providence semble tenir en réserve pour les opposer à l’accroissement rapide de la population.