Page:Testament Louis XVI Marie-Antoinette.djvu/12

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Il n’en est pas de même du Testament de la Reine. Tout-à-fait ignoré pendant bien des années, il n’a été connu, à son origine, que de quelques-uns des hommes qui osèrent soutenir la vue de cette auguste Princesse sur le banc des criminels. Mais si l’on ne craint pas de reporter ses regards sur ces temps d’horreur, on conviendra que, quoiqu’il n’ait pas été connu alors, on ne devrait rien en induire contre son authenticité, quand des noms hideux ne l’attesteraient pas[1]. Neuf mois seulement s’étaient écoulés depuis la mort du Roi, lorsque la Reine l’écrivit ; mais déjà les temps étaient bien changés : on était bien plus avancés dans le chemin de la barbarie ; on avait bien plus d’expérience dans le crime : les divinités de 93 avaient tout-à-fait établi leur puissance. Aussi, par respect pour l’égalité, le plus vil des hommes pouvait impunément faire souffrir à la Souveraine de la nation les traitemens les plus affreux, l’accabler d’injures grossières et d’insultes ignobles, afin de l’abaisser jusqu’à lui. Par hommage à la liberté, on pouvait la retenir dans une étroite prison, sans vêtemens, presque sans alimens, entourée incessamment de soldats, dont on punissait les égards, ou dont on récompensait la brutalité. C’est au milieu de cet état de choses que la Reine de France subit ce qu’on était convenu alors d’appeler un jugement. Quelques jours suffirent pour le terminer, parce que le résultat en était préparé d’avance ; mais ce qui est le comble de la scélératesse, c’est que, pendant le peu de temps qu’il dura, on la privait d’alimens, afin que sa faiblesse fût prise par le peuple pour du découragement et de la lâcheté. On

  1. Les signatures des membres du tribunal révolutionnaire se trouvent à la fin de l’original. L’horreur qu’elles inspirent aurait diminué, s’il avait été possible, notre vénération pour la Lettre de l’infortunée Marie-Antoinette : c’est pourquoi l’on n’a pas dû les laisser figurer sur le fac simile ; mais nous pensons que, placées ici en regard de cette note, elles pourront satisfaire la curiosité des lecteurs, tout en prouvant l’authenticité de la pièce dont nous traçons l’histoire.