Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/165

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lady Jane se renferma dans son rôle de soumission. Combien elle s’applaudissait intérieurement de n’avoir qu’à obéir ! La vieille douairière écrivit sans retard au Cap à l’auteur de la Blanchisseuse de Finchley-Common, et lui fit la plus lamentable description des entraînements de sa fille cadette vers les pompes de Satan. Sa maison de Brighton se trouvant alors vacante, elle s’enfuit dans cette retraite au bord de la mer, sans que son départ laissât de bien grands regrets à ses enfants.

Nous sommes assez bien informés pour savoir aussi que Rebecca écrivit une lettre respectueuse à milady, où elle se rappelait humblement à son souvenir, et lui parlait de la vive impression que ses pieux entretiens avec elle, à sa précédente visite, avaient laissée dans son cœur ; elle s’étendait aussi très-longuement sur les marques d’intérêt que milady lui avait données lors de sa courte indisposition, et l’assurait que tout à Crawley-la-Reine lui rappelait son amie absente.

Les changements que l’on pouvait remarquer dans la conduite de sir Pitt, et qui profitaient si bien à sa popularité, étaient en grande partie le résultat des conseils de l’astucieuse petite femme de Curzon-Street.

« Non, sir Pitt, lui disait-elle pendant tout le temps qu’il fut chez elle à Londres, vous ne vous confinerez point dans le rôle de gentilhomme campagnard ; rappelez-vous bien ce que je vous dis, sir Pitt, c’est moi qui vous le dis, il vous faut quelque chose de plus élevé ; je vous parle comme une personne qui a mieux que vous le secret de votre ambition, qui sait apprécier vos talents. Vous chercheriez en vain à les mettre sous le boisseau, ils éclatent aux yeux de tous ceux qui vous approchent, comme ils ont éclaté aux miens. J’ai montré à lord Steyne votre brochure sur les céréales ; il la connaissait déjà à fond, et m’a dit que le conseil des ministres était unanime pour la regarder comme le travail le plus sérieux et le plus complet qui ait paru sur cette matière. Le ministre a les yeux sur vous, et je sais qu’il désire vous voir prendre une part active aux affaires ; votre place est marquée au parlement, vous passez pour l’homme le plus éloquent de l’Angleterre, on se souvient encore de vos discours à Oxford. Allez, allez à la chambre représenter les intérêts du comté, et vous y serez maître souverain avec le vote et le bourg dont vous disposez déjà. J’ai tout vu,