Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/251

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


chose de fort semblable à une querelle avec Becky, pour laquelle il professait naguère encore une si haute admiration.

Il lui parla de l’honneur de la famille, de la réputation immaculée des Crawley. Il lui reprocha avec indignation l’accueil trop facile qu’elle faisait à tous ces jeunes Français, à tous ces jeunes étourdis à la mode, enfin à lord Steyne lui-même dont la voiture semblait avoir pris racine à sa porte et qui passait chaque jour des heures entières en tête-à-tête avec elle. On commençait à jaser dans le monde de l’assiduité de ces visites. Comme chef de la famille, il la suppliait d’être plus réservée dans sa conduite. Mille bruits fâcheux circulaient déjà sur son compte. Lord Steyne, malgré sa haute position et la supériorité de son talent, était un homme dont les attentions ne pouvaient que compromettre une femme. Il la priait, la conjurait, et, s’il le fallait, lui commandait, en sa qualité de beau-frère, d’apporter la plus grande retenue dans ses rapports avec le noble lord.

Becky promit tout ce que lui demanda sir Pitt ; mais lord Steyne continua à lui rendre d’aussi fréquentes visites que par le passé, et la colère de sir Pitt en redoubla. Je ne sais trop si lady Jane fut bien aise ou fâchée de cette brouille survenue entre son mari et sa belle-sœur. Lord Steyne continua ses visites, sir Pitt cessa les siennes, et sa femme fut aussi d’avis de couper court à tout rapport avec le noble lord et de refuser pour la soirée des charades l’invitation que lui avait adressée la marquise ; mais sir Pitt jugea qu’il convenait de s’y rendre, Son Altesse Royale devant s’y trouver.

Sir Pitt se retira du moins de très-bonne heure, et sa femme s’applaudit intérieurement de ce prompt départ. Becky avait à peine dit quelques mots à son beau-frère et n’avait pas même daigné reconnaître sa belle-sœur. Pitt Crawley déclara que c’était une petite impertinente, et flétrit avec une grande énergie d’expression l’inconvenance de ces jeux scéniques et de ces travestissements burlesques dans lesquels sa belle-sœur avait figuré. Les charades une fois terminées, il prit à part son frère Rawdon, et le tança vertement d’avoir été se compromettre dans de pareilles mascarades et d’avoir permis à sa femme de se produire dans ces honteuses bouffonneries.

Rawdon l’assura qu’il se tiendrait pour averti à l’avenir. Déjà, sous l’influence des avis de son frère et sa belle-sœur, il