Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/382

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de l’enfant. Celui-ci fit en riant ce qu’elle lui demandait. L’enfant gagna. Ce sont là des jeux de la fortune : aux innocents les mains pleines, dit le proverbe.

« Merci, lui fit-elle en attirant l’argent à elle ; merci. Quel est votre nom ?

— Je m’appelle Osborne. » répondit George.

En même temps il plongeait les mains dans ses poches, et se disposait à tenter la fortune à ses risques et périls, lorsque le major en uniforme et Jos en marquis firent leur entrée dans la salle ; ils arrivaient du bal de la cour. D’autres personnes, trouvant que l’on s’ennuyait au château, avaient abandonné plus tôt qu’eux encore l’étiquette princière pour les plaisirs bourgeois. Quant au major et à Jos, il est probable qu’en rentrant chez eux, et en ne trouvant point le petit bonhomme, ils s’étaient aussitôt émus de son absence et avaient été à sa recherche. Le major alla droit à Georgy, le prit par le bras, et le tira brusquement à lui au moment où, sous l’empire de la tentation, l’enfant étendait déjà la main sur le tapis vert ; ensuite, en regardant autour de lui, il aperçut Kirsch occupé, à une autre table, de la manière que nous avons dite. Il se dirigea vers lui, et lui demanda comment il avait osé conduire M. George dans un pareil endroit.

« Laissez-moi tranquille, dit M. Kirsch sous la double excitation du jeu et du vin ; il faut s’amuser, parbleu ! et d’ailleurs je ne suis pas au service de monsieur. »

En voyant dans quel état maître Kirsch se trouvait, le major jugea qu’il était inutile de discuter avec lui, et il se contenta d’emmener George, après avoir demandé à Jos s’il voulait rentrer. Jos s’était mis à côté de la dame masquée, à qui la veine semblait être revenue, et qui commençait à gagner. Jos paraissait prendre un très-vif intérêt à son jeu.

« Allons, Jos, dit le major, je vous engage à rentrer avec George et moi, c’est ce que vous avez de mieux à faire.

— Tout à l’heure, dit Jos, je rentrerai avec ce drôle, » continua-t-il en désignant maître Kirsch.

Les égards que l’on doit à de jeunes oreilles épargnèrent à Jos une remontrance de Dobbin, et le major partit seul avec George, laissant son ami dans le salon de jeu.

« Avez-vous joué ? demanda le major à Georgy, dès qu’ils furent hors de la salle.