Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/416

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avait pas d’égal au monde ; je vous ferai voir mon fils, » continua-t-elle.

Dans sa pensée elle ne pouvait offrir de plus grande consolation à Rebecca, si quelque chose ici-bas pouvait la consoler.

La conversation se prolongea encore plus d’une heure entre ces deux femmes, et Becky en profita pour faire à son amie un récit circonstancié de son existence depuis qu’elles s’étaient quittées jusqu’à cette époque. Elle lui raconta comme quoi son mariage avec Rawdon avait toujours soulevé dans la famille de son mari les animosités les plus violentes ; comme quoi sa belle-sœur, femme artificieuse et passionnée, avait versé contre elle le fiel et le poison dans l’âme de son mari ; comme quoi il avait formé de coupables relations qui l’avaient amené à délaisser complétement sa femme. Tandis qu’elle avait tout supporté, la pauvreté, le mépris, la froideur de l’homme qu’elle avait le plus aimé, et tout cela pour l’amour de son fils ; enfin, par suite des outrages les plus graves, elle avait été obligée de demander une séparation ! Son mari n’avait-il pas eu l’infamie de lui proposer de sacrifier son honneur, afin d’obtenir du marquis de Steyne l’avancement que lui faisait entrevoir à ce prix ce seigneur aussi puissant que corrompu.

Becky débita cette partie dramatique de son histoire avec un accent de pudeur outragée et de vertueuse indignation. À la suite de cette insulte, forcée de fuir le domicile conjugal, elle s’était vue poursuivie par la haine de ce monstre qui avait eu la cruauté de ravir un enfant à sa mère. C’est ainsi que Becky se trouvait pauvre, errante, abandonnée, sans appui, sans ressources.

Emmy accepta sans la moindre défiance l’histoire qui lui fut racontée avec toutes sortes de détails imaginaires. Elle frémissait d’indignation au récit de la conduite du misérable Rawdon, de l’infâme Steyne, et ses yeux exprimaient toute sa sympathie pour Rebecca à chaque nouveau trait des persécutions auxquelles elle avait été en butte de la part de cette noble famille et de son mari. Becky n’en disait point de mal, et ses paroles témoignaient plus de douleur que de colère. Elle avait aimé Rawdon de toutes les forces de son âme, trop passionnément, peut-être, mais enfin il était le père de son enfant. En entendant Becky raconter la scène de l’enlèvement de son fils, Emmy tira son mouchoir de sa poche pour s’essuyer les yeux à la