Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/451

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Le colonel n’avait nulle envie de voir cette dame. Et pensant qu’il était inutile de faire connaître son arrivée à Bruxelles à tout autre qu’à Joseph, il lui en fit secrètement porter la nouvelle par son domestique. Jos pria le colonel de venir le voir le soir même. Mistress Crawley avait fête ce jour-là ; de cette manière ils pourraient passer leur soirée en tête à tête. Le colonel trouva son beau-frère dans un état de santé déplorable. À travers les éloges qu’il prodiguait à Rebecca, on pouvait reconnaître la terreur qu’elle lui inspirait. Elle l’avait soigné, disait-il, avec un dévouement admirable dans une succession de maladies toutes plus extraordinaires les unes que les autres ; elle avait été pour lui comme une fille. « Mais, pour l’amour du ciel, continuait l’infortuné, venez à Bruxelles, venez vivre près de moi, venez me voir de temps à autre. »

La figure du colonel s’assombrit à cette prière.

« C’est impossible, Jos ; dans l’état où se trouvent les choses, Amélia ne peut venir vous voir.

— Je vous le jure ! je vous le jure sur la Bible ! reprenait alors Joseph d’une voix suppliante et en prenant ledit livre pour l’embrasser. Cette femme est aussi pure que la vôtre, aussi innocente qu’un enfant !

— Je veux le croire, répondait le colonel avec une expression de tristesse et de pitié ; mais Emmy ne peut venir vous voir. Soyez homme, Joseph, et rompez avec ces liaisons coupables, revenez au milieu de votre famille. On m’a dit que vos affaires sont embarrassées.

— Embarrassées ! s’écria Joseph. Qui s’est permis de pareilles calomnies ? Tous mes capitaux sont placés d’une façon fort avantageuse. Mistress Crawley… c’est-à-dire… enfin mon argent me rapporte de gros intérêts.

— Et ces dettes dont on parle, et cette assurance sur votre vie ?

— Je pensais que… je lui devais un petit présent… dans le cas où il m’arriverait quelque malheur. Et puis, vous le savez, j’ai une santé si délicate… c’est une affaire de reconnaissance. Mon intention est de vous laisser toute ma fortune. Il m’est bien permis d’économiser ce placement sur mon revenu, » continuait le beau-frère de William, trop faible pour secouer les chaînes qui pesaient sur lui.

Le colonel insista auprès de Jos pour qu’il se débarrassât de