Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/61

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Tufto, Crawley recevait immédiatement un ordre de départ pour l’Angleterre. Cette aventure, du reste, le força, pendant plusieurs semaines, à chercher des adversaires en dehors de l’armée.

En dépit de l’habileté de Rawdon, de ses succès non interrompus, Rebecca voyait, par suite de ces très-fâcheux démêlés, leur position empirer de jour en jour, et bien qu’ils eussent le soin de ne jamais payer personne, leur petit capital ne pouvait manquer un beau matin de se trouver réduit à zéro.

« Le jeu, mon cher, disait-elle à son mari, est fort bon pour accroître le revenu ; mais par lui-même il ne donne pas un revenu suffisant, et puis quand on sera las de jouer, je vous le demande, que nous restera-t-il alors ? »

Rawdon reconnut la justesse de cette observation. Depuis quelques nuits ses invités avaient l’air d’être las de jouer avec lui, et les charmes de Rebecca avaient à peine le pouvoir de les attirer encore.

L’existence que menait à Paris cet aimable couple était fort agréable sans doute, mais ce n’était pas un avenir que ce délicieux enchaînement de plaisirs et d’oisiveté. Rebecca calcula que, dans son pays, elle aurait plus de chance d’établir la fortune de Rawdon sur de solides et durables fondements. Peut-être pourrait-elle réussir à le faire nommer à quelques fonctions, soit en Angleterre, soit aux colonies. Elle résolut, en conséquence, de se replier sur l’Angleterre dès que les voies lui seraient ouvertes de ce côté. Dans ce but, elle commença par faire vendre à Crawley son brevet d’officier aux gardes et liquider sa pension de retraite. Son service, comme aide de camp du général Tufto, avait cessé depuis longtemps, aussi Rebecca s’amusait-elle maintenant, dans le monde, à rire aux dépens de cet officier, de son toupet, de son corset, de son râtelier, de ses prétentions séductrices, de sa manie ridicule de croire que toutes les femmes devenaient folles d’amour pour lui à première vue. C’était maintenant à mistress Brent, aux sourcils noirs et arqués, que le général accordait toutes ses attentions. Elle était devenue l’idole au pied de laquelle il venait déposer désormais ses bouquets, ses loges à l’Opéra, ses dîners au restaurant, et toutes ses inventions galantes.

La pauvre mistress Tufto n’y avait rien gagné ; elle continuait à passer ses longues soirées toute seule avec ses filles, tandis que le