Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/201

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étais déjà mariée et il m’a pardonné ; mais le courage m’a manqué sur le point de lui faire un aveu complet, alors que j’allais lui dire que je ne pouvais devenir sa femme, parce que j’étais déjà sa fille ! J’ai épousé le meilleur, le plus généreux des hommes : le Rawdon de miss Crawley est mon Rawdon ! Il ordonne, et j’incline la tête ; il m’appelle dans notre humble demeure, et je le suivrai par tout l’univers. Excellente et bonne amie, intercédez auprès de la bien-aimée tante de mon Rawdon, pour lui et pour la pauvre fille à laquelle sa noble race a montré une affection sans égale. Suppliez miss Crawley de recevoir ses affectionnés enfants ; et, pour terminer, mille bénédictions sans fin sur la chère maison que je quitte.

« Votre dévouée et reconnaissante,

« REBECCA CRAWLEY.

Minuit !

Au moment où Briggs terminait la lecture de cette pièce intéressante et pathétique, grâce à laquelle elle se voyait réintégrée dans sa position de première confidente auprès de miss Crawley, mistress Firkin entra dans la chambre.

« Mistress Bute Crawley, lui dit-elle, vient d’arriver par la malle de l’Hampshire et demande du thé ; voulez-vous descendre pour lui préparer à déjeuner, miss ? »

À la grande surprise de Firkin, Briggs, sa robe de chambre ramenée devant elle, sa petite corde de cheveux flottant toujours à l’aventure derrière sa tête, ses papillotes suspendues en grappes autour de son front, Briggs descendit précipitamment vers mistress Bute, tenant à la main la lettre où elle avait lu ces prodigieuses nouvelles.

« Oh ! mistress Firkin, s’écriait de son côté Betty, quelle affaire ! miss Sharp s’est enfuie avec le capitaine ; ils sont en route pour Gretna-Green. »

Il y aurait un chapitre à écrire sur les émotions de mistress Firkin, si la peinture des passions qui agitaient ses maîtresses n’était pas une plus digne occupation pour notre aimable muse.

Quand mistress Bute Crawley, transie d’un voyage nocturne et se réchauffant à l’âtre pétillant de la salle à manger, apprit de miss Briggs la nouvelle de ce mariage clandestin, elle répéta que son arrivée dans un pareil moment, où il faudrait aider cette pauvre miss Crawley à supporter un si terrible co