Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/200

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œil de surprise et de satisfaction, prit la lettre du bout des doigts, puis se mit à rire de bon cœur en la retournant dans tous les sens, et enfin la descendit à l’étage inférieur, chez miss Briggs.

Comment Betty reconnut-elle que la lettre était à l’adresse de miss Briggs ? j’aimerais à l’apprendre ! Elle avait eu beau suivre l’école du dimanche faite par mistress Bute Crawley, elle ne savait pas plus lire l’écriture que l’hébreu.

« Holà ! miss Briggs, s’écria cette grosse fille ; ohé ! miss, quelle drôle de chose vient d’arriver ! Il n’y a personne dans la chambre de miss Sharp ; le lit n’a pas été défait, et elle est partie en laissant cette lettre pour vous, miss.

— Qu’est-ce que cela ? s’écria Briggs laissant tomber son peigne et flotter sur ses épaules une petite corde de cheveux fanés ; un enlèvement ! miss Sharp en fuite ! Qu’est-ce à dire que cela ? »

En même temps elle rompait brusquement le cachet et, comme on dit, dévorait le contenu de la lettre à elle adressée.

« Chère miss Briggs (écrivait la fugitive), dans l’excellent cœur que je vous connais, vous trouverez pitié, sympathie et excuse pour votre pauvre amie. C’est en répandant mes larmes, mes prières, mes bénédictions que je m’éloigne de cette maison, de cette maison où la pauvre orpheline a toujours trouvé des trésors inépuisables de bonté et d’affection. J’obéis à des droits supérieurs à ceux que ma bienfaitrice peut avoir sur moi. Je me rends au devoir qui m’appelle près de mon mari. Oui, je suis mariée, et mon mari m’ordonne de le suivre sous l’humble toit qui doit désormais nous servir de demeure. Très-chère miss Briggs, annoncez cette nouvelle, en vous inspirant de votre excellent cœur, à ma chère, à ma bien-aimée amie et protectrice. Dites-lui qu’avant de partir j’ai été verser des larmes sur son oreiller, sur cet oreiller où j’ai si souvent calmé ses souffrances, et sur lequel je désire veiller encore. Oh ! avec quelle joie je rentrerai à mon cher Park-Lane ! Que je tremble en attendant cette réponse qui va décider de mon sort ! Quand sir Pitt a daigné m’offrir sa main, honneur dont m’a trouvée digne ma bien-aimée miss Crawley (et ce sera pour moi un sujet de la bénir éternellement, puisqu’elle n’aurait pas dédaigné d’avoir la pauvre orpheline pour sœur), j’ai dit alors à sir Pitt que j’