Page:Tharaud - Dingley.djvu/101

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Dingley contemplait la machine ; et ces cuivres bossués, ces pistons immobiles, ces roues qui se dressaient vers le ciel, éveillaient en lui le désir d’exprimer par des mots la forte vie qui avait bouillonné dans cette ferraille, le rêve qu’en cette minute, sur ce remblai dévasté, poursuivait cette belle guerrière née dans les chantiers de Liverpool et blessée à mort sous la Croix du Sud, au service de la Reine.

Les Boers qui avaient nettoyé, comme les fourmis blanchissent un os, les wagons de vivres et de munitions, ne s’étaient désintéressés que d’une denrée inutile : les lettres répandues sur le ballast, hors des sacs éventrés. Dingley, du bout de sa cravache, remuait ces pensées éparses qui portaient les timbres de l’Angleterre, du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Inde, de la Terre de Tasman, de Singapore, d’Égypte, des Bermudes, de tous les pays où l’Ile Maîtresse a des colons et des défenseurs, et qui s’étaient arrêtées là. Il avait ramassé une enveloppe au hasard. Elle venait de Londres ; on l’avait