Page:Tharaud - Dingley.djvu/102

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jetée dans une boîte de la Cité, à tel jour, à telle heure ; l’adresse était écrite à l’encre verte, d’une main malhabile. Et tandis qu’il la tournait et la retournait dans ses doigts : « Je vais savoir, se disait-il, comment s’exprime, à cette heure, l’inquiétude chez des hommes de ma race. Et si cette lettre ne m’apprend rien, en voici dix, en voici cent, où je suis sûr de découvrir un mot si profondément humain que les hommes, en me lisant, se diront : « Où donc Dingley a-t-il trouvé cette pensée ? Cela ne s’invente pas. »

Mais lorsque ayant ouvert l’enveloppe, il vit ces mots : « Mon bien-aimé Dick » il fut pris d’un scrupule et n’alla pas plus loin.

Une nuit de lune, laiteuse et fraîche, enveloppait toutes les choses de sa lumière argentée. Une paix mystérieuse, inconnue, la paix des jours d’autrefois, la paix des temps bibliques s’étendait sur le Veld immense. Jadis on avait vu, par des soirs tout semblables, sur une terre pareille, Isaac se pencher sur le puits de Rébecca, Jacob lutter avec l’ange, et du sein d’Abraham