Page:Tharaud - Dingley.djvu/11

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temps où les sens de nos lointains ancêtres rivalisaient avec ceux des bêtes. Qu’il décrivît une forêt de l’Inde, un office de commerce dans la Cité de Londres, un lever de soleil sur la mer des Tropiques, un crépuscule d’Europe occidentale, on avait toujours l’impression qu’il ouvrait sur l’univers des yeux neufs. Les personnages de ses contes habitaient, pour la plupart, un pays où la rêverie humaine a fait naître des fleurs merveilleuses, ces vastes plaines du Gange qui ont vu l’effort le plus désespéré des penseurs pour découvrir un sens à la vie. Son caprice emmêlait, avec une liberté divine, les soins de ses compatriotes perdus dans quelque poste ignoré du Rohilkhand ou du Sind, et les songes des philosophes indigènes morts il y a des milliers d’années. En lui s’accordaient les instincts positifs de la race anglaise et l’âme insatisfaite et passionnée pour le rêve d’un Hindou. Il avait, à la fois, l’ardeur d’un pirate normand et le goût des siestes à l’ombre, tandis que dans le champ de la vision intérieure passent, comme le